Elle a peur. Dans sa robe noire, sa robe de soie, vêtement de deuil. L'angoisse brille dans ses yeux, far noir, poussières de fatigue. Chacun de ses membres fins tremble vers le monde, et sa voix qui se perd dans des graves funestes. Elle vit mal, dans ses godasses déchirées, ses bijoux du passé.
Seule devant l'inconnu. La lumière braquée sur son visage. Kaléidoscope de ses sentiments les plus humains. Inhumaine, comme décousue, s'avançant avec mal. Le public croit qu'elle est proche de la tombe, elle est pourtant plus vivante que tous ne l'ont jamais été.
Transcendée.
Son visage se balance dans une langueur sacrée. Sa tête lourde des pleurs refoulés. Larmes vaines, traîtresses chimiques. Un moment, ses doigts esquissent un geste vers son ventre meurtri, puis se ravisent. Adieu bébé, elle lui avait dit adieu. Irruption sanglante, éclair d'une horreur qu'on oublie de son mieux. Et l'érotisme mêlé, pornographie perverse. Humide jusqu'au désespoir, lèvres pâles entrouvertes avec désir.
Elle veut fuir. Elle aimerait courir. Pesanteur physique de ses jambes. Chaines de chair autour de son esprit éclairé. Elle veut s'envoler. A l'embryon de ses cauchemars, au cauchemar d'un futur à taton. Elle veut courir, dépasser les points d'interrogation, s'endormir dans la troisième dimension.
Alors ce soir encore, elle se vend à l'art. Dans sa robe sombre, robe d'un temps passé, vêtement d'enterrement. Deuil du trip. Désemparée devant la réalité. Alors ce soir, elle sera la prostituée de la nuit, la salope des rêves, la catin des arcs en ciel.
Adieu préceptes, parasites de la conscience.