Putain, c'est quoi cette odeur déjà ? Ah ouais, c'est elle. Je l'aperçois, tout au fond du long couloir. Elle avance, l'air assuré, mais je vois une angoisse millénaire qui brille au fond de ses pupilles, dans le mouvement fébrile de ses doigts, enfoncés au fond des poches de son jeans. La douceur qu'elle dégage me fait tourner les sens jusqu'à m'en faire perdre la raison. C'est comme si la simple odeur qui émanait de ses cheveux, sa nuque et de la courbe de son cou venait déloger mon âme sans scrupule de sa prison de chair. Une inspiration et me voilà à rêver en marchant, à marcher en rêvant de poser doucement mes lèvres dans le creux de son épaule, de lécher sa peau pâle jusqu'au derrière de son oreille, et puis de serrer tout son être près des secrets de mon âme.
Elle a ses écouteurs blancs, et son Ipod dans la main, je pense qu'elle met le volume à fond, mais impossible d'entendre de l'extérieur. A bien y regarder, je crois qu'elle sourit, mais c'est difficile à dire. A son passage, je vois chaque personne lancer un regard empli de passion vers elle, le temps d'une seconde, avant de replonger dans leurs pensées. Mais je sens que chacun, hommes et filles, garde empreint en lui la marque de son charme inégalable. Comment ne pas être renversé par un tel charme ? Devant elle, les élèves fatigués sont une foule acclamant une venue, un ch½ur célébrant une naissance, leurs visages s'éclairent d'une croyance qui dépasse l'entendement : sans même qu'ils en aient conscience, ils sont tous là, à sauter dans le gouffre et à se sacrifier pour son être.
Elle est comme un ange qui éclaire les murs sombres de la fac, comme un air de piano, comme le temps, le vertige et l'air humide qui annonce la fin de l'été. Elle secoue les esprits comme une photo d'enfance, comme deux mains qui se frôlent dans la solitude ; on la croirait née ce matin, bercée dans les doux contrastes du ciel. Elle marche tranquillement le long du couloir, certainement à écouter du Britney Spears, et je la vois descendant gracieusement des escaliers de verre pour poser son talon sur le goudron parisien, le regard empli d'amour.
Apercevant à son poignet l'éclat discret d'un bracelet d'argent fin d'où pendent sept roses blanches, je me vois caressant le dos de sa main et, la soutenant de mon bras derrière son dos, l'allonger sur des nuages d'un blanc lys. Elle soupirerait avec amour et je sentirais à peine son souffle m'effleurer la poitrine.
« Comme je t'aime, me dirait-elle. »
J'ai les larmes aux yeux, je la serre encore et encore contre mon corps et mes muscles tendus par la passion, l'embrasse tendrement, la griffe et la plaque contre le mur, les bras en croix. Les yeux humides, je lui réponds :
« Comme tu es pure, mon amour. »
Je veux l'emmener au bout du monde, plonger dans lac de Tibériade avec elle et prêcher l'amour aux ignorants. J'aimerais chanter sans faire entendre ma voix, tirer les pétales d'une rose naissante sur nos corps enlacés pour nous endormir dans l'éternité des mystères impénétrables. Nous courrons vers l'extase, vers l'extrémité du monde, où coulent les cascades vers l'infini. Elle me prendra les mains en souriant au moment où les nuages recouvriront le globe, quand l'orage s'abattra sur le monde et que le chaos détruira tout ce qui fût et tout ce qui sera à jamais. Son odeur sera comme une bulle diaphane et colorée, et nous nous élèverons vers le Royaume des Cieux, dans un silence absolu.
La voilà qui passe tout près de moi, je m'arrête, troublé. Déjà elle n'est plus là, partie on ne sait où, ne laissant derrière elle que le doute et l'amer sensation d'avoir été trompé. A-t-elle seulement un jour existé ? Je renoncerais à tout ce que j'ai pour l'avoir de nouveau près de moi, quand elle n'a fait que passer sans même me voir. Derrière moi, un enfant rit en me voyant là, planté seul au milieu du couloir, les yeux rougis par les larmes.
Tais-toi, mon Dieu, tais-toi.

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