Nous sommes... Nous sommes la jeunesse désillusionnée. Nous sommes les regards sombres et les années déraisonnées. Nous sommes les enfants perdus, jetés dans l'insoutenable complexité d'une société qui s'enfonce depuis des centaines d'années. Il n'y a pas de lueurs dans nos yeux, seulement cet angoisse, ces névroses qui nous guideront jusqu'à notre mort, où pleurant l'injustice qui nous y a amené, on ne pourra que crier "je n'ai rien compris ! Bande de salauds ! Je n'ai rien compris !"...
Qu'y a t-il d'autre à faire que de se complaire dans cet esthétisme macabre et malsain qu'est le monde ? N'y a t-il rien de plus beau que la violence d'un masque à gaz sur un visage d'enfant ? Qu'un torrent de sang sur le torse d'un éphèbe ? Et sinon quoi, voudrait-on que l'on donne un sens à ce qu'est l'homme ? Une telle entreprise objective serait pure illusion.
Nous sommes la jeunesse sans futur. On éclate en sanglots, et on rit à en perdre la voix. Et puis viendra le jour où on s'écroulera, et voilà que le rideau se fermera sur le spectacle pathétique de l'échec de la conscience. Qu'y a t-il alors à espérer, sinon qu'il y aura quelqu'un ou quelque chose pour se souvenir de toutes ces larmes ?