[La decharge]

Ce n'est pas une ville, c'est une décharge. Les gens vivent parmis les déchets : machines éventrées, métaux rouillés, nourriture gâchée... La puanteur règne sur son trône de poussière, elle règne sur son monde de chaleur, de pollution et d'ignorance. Les habitants de la décharge suent sous leurs lambeaux de vêtements, les habitants de la décharge souffrent de leur condition. Mais la décharge c'est le monde, et comment aller au-delà du monde ?

La nuit, on fait un feu d'huile et d'essence pour faire fuire les rats, les Hommes se retrouvent et se croisent autour du foyer, comme des mouches à merde attirées par la moindre lumière nocturne. La nuit, quand le visage squelettique des miséreux de la décharge se déforme sous les ombres et éclats des flammes, quand les cicatrices sales et infectées de chaque personne luisent dans le noir de ce monde ingrat, alors ils se rassemblent, le regard dur, et se racontent les histoires du temps passé, se répètent et se perdent dans la tourmente d'une impasse, celle de leur avenir, de leur liberté. Ils tentent chaque nuit de retrouver au fil des mots un peu de cette humanité, un peu de sens, peut être un grain de philosophie. Mais chaque nuit, le feu finit par s'éteindre, laissant une odeur de métal calciné. Alors dans le silence, les hommes de la décharge, sur le sol et les ordures, s'allongent, serrant leurs genoux contre leur visage, comme un f½tus, et sanglotent tous en silence, comme des enfants perdus dans un sentiment d'impuissance.

Puis le froid les lève, la bouche pleine de sable, un sable d'impuretés, les yeux secs et rouges, la peau déchirée. Aujourd'hui n'est pas nouveau, ils passeront leur journée à maudire les anciens, qui les ont abandonnés pour les étoiles quand la planète devenait ce qu'elle est de leurs jours : une poubelle. Ils lèveront le poing au ciel et crieront leur calvaire de leurs poumons usés et pollués, puis lentement ils se consumeront dans cet enfer, ils cracheront leurs pus et vomiront leur sang jusqu'à qu'ils soient aussi vides que ces bidons empilés jusqu'à l'infini dans l'horizon. Une armée de zombis pour des montagnes de déchets. Le monde deviendra horreur, flammes et cris nocturnes.

Et il y aura ce jeune gars, caché entre un gigantesque écran percé et un tas de câbles, du coté des poubelles à verre. Il tremblera de peur, chaque heures, chaque secondes. Oui il y aura ce jeune gars, avec cette lueur dans ses yeux bleus, avec cet espoir dans ses doigts rougis par le froid. Un joli garçon encore capable de pleurer, parce qu'il a connu le passé, qu'il a vu l'Art et la compassion, qu'il a été amoureux. Oui il était là il y a des centaines d'années, quand les autres sont partis vers les étoiles, quand des pays entiers se sont fait aspirer par les mers, quand des bombes pleuvaient au point qu'on ne voyait plus le ciel. Il avait vu ces familles devenues folles, il avait vu la destruction et la mort, il avait vu le sadisme et l'inhumain. Il avait tout vu.

Il y a ce mec qui chiale au milieu de la puanteur et des sans-c½ur, au milieu du crime et de la haine. Ce beau mec, il s'appelle Eternité, et il se demande :

"A quoi bon ?"
[La decharge]

# Posté le samedi 22 septembre 2007 06:41

Modifié le mardi 09 octobre 2007 15:01

[Suis le lapin blanc et tombe au pays de la voix]

On m'a amené il y a de cela quelques jours un homme camisolé, aux yeux rougis, aux cernes noires et au visage gris. Il ne dormait plus, disait t-on, et pleurait sans qu'aucune larme ne vienne. Certaine fois, il vomissait du sang. Il était perché de fatigue et son esprit était trop embrumé pour raisonner. Après plusieurs entretiens, j'ai réussi à connaître l'histoire de cet homme qui, pour son bien et pour ce qui m'a semblé être de l'Art à l'état pur et originel, me l'a raconté, m'autorisant à publier par la voie écrite son récit :

[Ce texte peut être lu accompagné de
cette belle musique : Shigeru Umebayashi - Polonaise]

" Je vivais dan
s un de ces vieux studios aux parois quasi inexistantes par leur finesse alarmante dans le c½ur bourgeois de Paris, je m'étais installé là pour mes études aux Beaux-Arts aux alentours de septembre. Tout a commencé en Octobre.

C'était une de ces nuits froides, aux a
lentours de 2 heures, alors que je tardais à m'endormir, que j'ai entendu sa voix pour la première fois. A cet instant, je dois avouer que j'avais déjà fumé plusieurs joints, j'étais planté devant une page blanche à guetter le silence de la ruelle inanimée. Ainsi sa voix, venue de nulle part prit, sous l'effet et l'ambiance, une tournure presque magique, voire hypnotique. C'était une voix douce et fragile mais sûre d'elle, elle parlait à quelqu'un qui ne répondait pas, elle lui disait doucement qu'ils allaient partir ensemble, qu'elle acceptait, que son père ne leur poserait plus de problème. Elle répétait inlassablement les mêmes choses, des heures durant, changeant des fois la tournure de ses phrases, glissant d'autres des "je t'aime" discrets, à peine audibles depuis mon lit. Je ne me souviens plus vraiment de cette première nuit, je m'étais rapidement endormi, après que la fatigue due a la beuh n'écrase l'enchantement et l'émerveillement qu'elle avait paradoxalement réveillé en moi. Le lendemain, je ne l'entendais plus, et il fut ainsi pendant plus d'un mois.

Tous les soirs,
je fumais et attendais tranquillement, dessinant ou écrivant quelques débuts d'inspiration, sans jamais vraiment m'intéresser à ce que je faisais. Quant au bout d'un mois j'entendis un faible murmure dans le studio voisin. Je collais mon oreille au mur et pouvais de nouveau l'entendre chuchoter.

"
Nous partirons bientôt... Ne t'inquiètes pas... Père est d'accord, bientôt ce sera bon, nous irons, ensemble, pour toujours. Je t'aime, nous allons partir. Tu m'emmènes avec toi, ça y est. Loin de ma famille. On y arrivera."

La femme parlait ainsi, sans s'arrêter, jusqu'à
l'aube. Elle était dès lors présente toutes les nuits qui suivirent, à se répéter au mystérieux silencieux, peut être parlait elle au téléphone ? Pourtant la porte poussiéreuse de son studio était toujours fermée et jamais je ne vis quelqu'un en sortir, et on n'en entendait jamais aucun bruit du jour. Au-delà du mystère, j'étais intrigué par le pourquoi de ce dialogue inconcevable, qui se répétait sans lassitude. J'en vins à l'attendre avec impatience toutes les nuits, mes yeux fixés au plafond humide, le joint collé aux lèvres, et quand sa voix résonnait dans le silence lugubre du décor, je sentais une chaleur dans mon bas-ventre. Il m'était alors même arrivé de me masturber dans le noir, sans penser à rien d'autre que cette voix, fragile, mystérieuse. Bientôt, elle obsédait mes rêves, j'y voyais des personnages sans visages, des femmes à la peau lisse, aux vêtements majestueux, elles s'approchaient de moi et me caressaient toutes en même temps tandis qu'elles me chuchotaient à l'oreille, tout en me léchant le lobe : "Ne t'inquiètes pas. Nous irons. On va prendre l'avion et partir. Juste tous les deux, tous les deux, tous les deux...". J'étais alors parcouru de milles frissons et me réveillait dans ma sueur et dans un état de nerf que je n'avais jamais connu alors.

Ai
nsi les jours passèrent dans l'allégresse et l'attente du mystérieux rendez-vous nocturne. Des joints je passais à quelques hallucinogènes et autres acides comme le LSD, m'emmenant toujours plus loin dans mes voyages spirituels, accompagpar cette douce voix de la porte d'à coté.

L'
hiver arriva si vite... je manquais déjà beaucoup de cours et vivais principalement la nuit, allongé sur le plancher pour être plus près du mur, à toujours l'écouter. Certaines fois, il y avait de longs silences et je croyais distinguer des sanglots dissimulés dans les soupirs et autres reniflements de la voisine. Je me plaisais à imaginer l'odeur de ses cheveux, la sensation de sa peau, la chaleur de sa respiration... Un jour elle poussa un petit cri aigu et, cette fois-ci, pleura bien assez fort pour me confirmer son chagrin. "Allez ! VIENS ! PARTONS ! S'IL TE PLAIT", et son amant se taisait encore, la laissant seule au milieu de ses larmes. Cette nuit-là je m'étais recroquevillé sous ma couette en f½tus et j'avais pleuré au même rythme qu'elle, toute la nuit, comme jamais je n'avais pleuré.

C'est ainsi
que commença l'enfer. Comme une drogue, cette voix m'avait attiré par son aspect nouveau, m'avait plongé dans une nouvelle vie, m'avait consacré exclusivement à elle, et me faisait maintenant souffrir, descendre plus bas encore que l'imaginable. Chaque soir elle ne parlait plus, elle suppliait : "Je t'en prie, viens, viens, viens. Je t'en supplie, ne me fais pas ça. Allez. Nous partons, viens je t'en supplie. Je t'aime tant, ne me laisse pas, partons, je ferai tout !.." et c'était cette horreur quisonnait dans l'immeuble vide jusqu'à l'aube à présent, et c'était toujours accompagné de ce chagrin indéfinissable, inconcevable dans sa gorge. Comme un vieux violon, ses chuchotements vibraient sur la corde de la tristesse, ses tremolos balançaient mon c½ur au rythme du sien et même l'aube ne me surprenait plus. Les volets étaient fermés. Le printemps se finissait bientôt et je ne me souvenais plus depuis combien de temps je n'étais pas allé plus loin que mon épicerie. La nuit, je l'écoutais, la ressentait, comme une musique, comme n'importe quel Art, le jour je dormais. Elle devenait bien plus qu'une addiction, cette voix était ma vie, mon inconscient, ma phobie, ma solitude. J'avais si peur pour elle, j'avais si peur pour moi. Je nous oubliais à vrai dire. C'est comme si l'on avait éteint la lumière du sommeil pour laisser place à des divagations éternelles sur un terrain dévasté par le froid et la boue du passé qui fuit.

Les heures perdaient leurs sens, les phrases répétées des centaines, des milliers de fois, ne perdaient pas leur goût toujours plus amer et mes yeux avaient tant pleuré qu'ils étaient maintenant trop secs pour s'ouvrir. De plus, j'oubliai souvent de me laver et même de bouger, ainsi la poussière s'accumulait sur mes paupières abîmées et les collèrent très vite, si bien que je fini par oublier mon corps pour rester perché dans ce monde étrange que je me plaisais à appeler "le pays de la voix".

"Je t
'en supplie. Nous allons partir, j'essaye d'appeler la compagnie des avions, ils ne répondent pas...".

Quelle heure était il ? Je ne savais pas... Je savais juste que les drogues faisaient encore effet en moi, comme si elles s'étaient installées en moi, ne voulant plus me quitter. Il faisait certainement nuit puisqu'elle était là. Appeler avait-elle dit ? Alors elle ne parlait pas au téléphone avec son mystérieux amant ? Il était donc bien là, nuit après nuit, peut être dans un coin du studio, peut être serré contre elle dans son lit, à l'écouter, à l'observer avec froideur sans réagir à toute cette misère ? J'avais oublié la faim, mon esprit était devenu une toile gigantesque sur laquelle je peignais jours après nuits les hypothèses ou autres délires artistiques qui pouvaient se dérouler dans ce studio voisin.

"EH ! S'IL
TE PLAIT ! NOOOOON"

Elle c
riait souvent maintenant, et sanglotait de façon violente, il lui arrivait même de frapper le mur avec force, vers les quatre heures du matin, puis de gratter le parquet de ses ongles certainement tachés de sang, j'imaginais, jusqu'aux lueurs de l'aube qui annonçait la fin d'un calvaire, du moins le silence de la lumière.

"JE T'EN SUPPLIE ! COURONS !
FUYONS ! MON PERE EST MORT ! NOUS SOMMES LIBRES, PARTONS !"

Depuis combi
en de temps n'avais-je pas dormi ?

"Partons loin, ne me laisse pas. Ne me
laisse pas ! NE ME LAISSE PAS !"

Elle poussa un cri transperçant, un cr
i qui déchira la nuit de sa haine, de son chagrin. Un cri à en faire chialer les étoiles, à en tuer des gamins innocents, à en dégoûter de la vie. Un cri qui résonna puis pourri comme les hommes dans l'immensité de l'univers. Ce n'était au final qu'une autre poussière de poussière qui n'en pouvait plus. Monur s'accéléra, mon cerveau devint volcan de contradictions. Que devais-je faire ? Il fallait réussir à me lever ! Mais j'étais maintenant aveugle, et si faible, si faible. Mais il le fallait. Qu'est-ce qu'elle fait maintenant ? Ah ! je ne l'entends plus. Si ! Sa respiration. Hein ! Des bruits de pas dans le couloir, quelqu'un tente d'ouvrir sa porte. Mon dieu, l'amant. Non, je ne sais pas.

Tâtonnant dans l
'obscurité de mes paupières sales et sèches, me cognant et avançant très lentement, je fini par retrouver la porte du studio. A coté, quelqu'un enfonçait sa porte, mais il criait trop fort pour que je comprenne ce qu'il disait, je ne comprenais plus ce que les autres disaient, sauf elle, et sa voix... Si douce... Il fallait me dépêcher. Dans le couloir, des cris retentirent après un grand fracas de bois cassé, des gens m'agrippaient de leurs mains dont je tentais de me libérer. Je ne comprenais rien, je me débattais comme un animal, arrivant tant bien que mal à pénétrer le studio du monde de la voix, ne voyant toujours rien d'autre que des ombres obscurs parmi d'autres ombres encore plus sombres. Je sautais vers l'endroit que j'avais si souvent imaginé, l'endroit que j'avais précisé dans mon esprit, là où elle se trouvait chaque soir, où elle se répétait, où elle pleurait, où elle avait crié. Je sentis sous mes mains des cheveux fins et doux, il y avait une odeur forte de parfum dont on avait clairement abusé. Elle semblait nue, et elle était si... froide. Non.

Non

Il était.
.. Trop tard ? Des larmes, que je n'aurais imaginé pouvoir revenir un jour, coulèrent sur mes joues, mon premier réflexe fût d'ouvrir les yeux, humidifiés par le malheur. Après avoir passé le stade de l'éblouissement, je me vis nu et crasseux, allongé sur le plancher du studio, entouré par des policiers et des commères trop choquées pour esquisser ne serait-ce qu'un geste. Je tournai ma tête vers... vers elle. A travers les sanglots et la haine, je distinguai enfin son visage, d'un blanc naturel, incroyable, des cheveux roux, fins et lisses lui tombaient sur ses fines épaules. Et il y avait ce rouge à lèvre beaucoup trop étalé sur ses lèvres, sur ses dents et un peu autour, dépassant. Et son corps, sa petite poitrine, ses rondeurs dignes d'une peinture érotique, ses pieds et ses doigts... Elle était glacée, elle était morte, comme ça. Le sol était inondé de ses larmes, ou des miennes ? Oh ma voix ! Ma voix ! Elle était là devant moi, et je ne pourrai jamais savoir à qui elle criait et elle ne saura jamais qu'il y avait des oreilles pour elle, des larmes et des rêves pour elle, ma reine, mon ange... Un homme s'approcha de moi et me mit des menottes, et les derniers mots que j'entendis avant d'être interné furent :

"Ah bah ça ! On a retrouvé la tarée dont le mec est mor
t dans cet avion y'a deux ans et un toxyco porté disparu en même temps ! On y va les gars !".

No
ir.

".

Depuis, cet homme, le regard vitreux fixé sur les murs blancs de l'établissement, n'arrive plus à dormir. Du tout. Chaque minute, il entend la voix de cette pauvre femme l'implorer, lui demander de la laisser vivre, de la sauver.

"Tend moi la main ! G
arde-moi en vie ! Partons mon amour !" Crie-t-il certaine fois quand il entre en crise de schizophrénie.

Il m'a semblé important de publier cette histoire d'une beauté que je jugerai de fantastique, par cette situation qui dépasse le réel et le conscient pour entrer dans un rapport uniquement centré sur l'esthétisme et l'éloge à la folie. C'est le récit d'un abandon du corps et d'un voyage de l'esprit dans le monde de quelques phrases perdues dans le silence parisien. C'est une tristesse si pure qu'elle en devient un cristal de sentiments, d'une valeur inestimable. C'est un cri au nom de l'Art, de la passion et de la singularité humaine.
[Suis le lapin blanc et tombe au pays de la voix]

# Posté le mercredi 12 septembre 2007 18:44

Modifié le mardi 09 octobre 2007 15:07

[Bienvenue]


Mes mâchoires grincent, mes doigts craquent. J'ai le teint pale et la mèche bleue. Le clavier me démange, les mots me grattent.

Repartons pour entasser les lettres, oublions la grammaire un moment et penchons-nous sur l'esthétisme, l'humour ou encore les futilités de nos 18 ans. Ouvrez grand vos esprits, vous risqueriez d'être éblouis : Images artificielles, flouées par l'ivresse de mes sens, nourris au doux parfum de l'herbe -déterrons la vérité, voyageons dans le bleu profond de notre subconscient avant d'être étouffés par le temps, éternel bourreau de notre espèce-, pensées passées, ressassées, Amour et Carpe Diem, expériences et délires, souvenirs et émotions.

Aimons nous et mouillons le ciel bleu de nos passions. Bref, bienvenue.


# Posté le vendredi 07 septembre 2007 18:37

Modifié le mardi 09 octobre 2007 15:09